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Vous appelez de vos voeux une
« société de sobriété heureuse ».
Pouvez-vous expliquer
ce concept ?
Il faut se rendre à l’évidence et l’intégrer
de façon claire : nous sommes
sur une planète dont les ressources
sont limitées. Le monde occidental lui
a appliqué un principe illimité, qui
conduit à une disparité très importante
entre les pays dits avancés et le
monde traditionnel. Le cinquième du
genre humain disposant de technologies
et de moyens scientifiques
importants consomme les quatre
cinquième des ressources produites
sur la planète. Ce modèle extrêmement
dispendieux se révèle être l’un
des grands facteurs de l’épuisement
des ressources communes. Nous
sommes dans un système où cohabitent
la pénurie et l’abondance, la
suralimentation et la sous-alimentation
voire la famine. Nous avons
l’obligation morale de corriger cette
énorme défaillance.
Au Sud, on constate par ailleurs que
le déficit de l’avoir ne se traduit pas
forcément par un déficit de l’être. Et
au Nord, la surabondance ne se
traduit pas forcément par une joie de
l’être. Ces éléments nous invitent à
repenser le vivre ensemble planétaire
sur la base d’un nouveau paradigme.
Ce dernier mettrait l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations
et l’économie, à leur service. A l’opposé
d’une logique qui met le profit sans
limite au coeur de ses préoccupations
en subordonnant l’humain et la
nature à son insatiabilité.
Ce changement de société doit-il
passer par l’éducation ?
L’éducation telle qu’elle est dispensée
aujourd’hui n’est plus en phase avec
un monde en grande mutation. Il
n’est plus possible de dire à un enfant
que le succès de ses études lui
garantit le succès de sa vie. Par
ailleurs, ce système fondé sur la
compétitivité angoisse l’enfant et fait
naître un sentiment de terreur de
l’échec au détriment de l’enthousiasme
d’apprendre. Une éducation
fondée sur le principe de complémentarité
et non de rivalité serait en
phase avec les nécessités qu’imposent
un monde en crise aiguë, en déficit de
valeurs et de sens, et permettrait
d’instaurer le bonheur d’exister.
Vous concevez l’éducation
comme « un éveil à la beauté »…
Oui, l’éducation doit rapprocher
l’enfant de la nature garante de la
pérennité de tous, de sa générosité,
de son mystère et bien sûr de son
immense beauté. L’enfant serait ainsi
nourri intérieurement et donc en harmonie avec la réalité vivante. Il
faut également lui faire prendre
conscience de son corps, de son
esprit, des aptitudes de ses mains et
de toutes ses capacités à être en
phase avec le monde.
Comment expliquez-vous l’écho
grandissant de vos thèses ?
Devant l’énorme déconvenue que
l’humanité a à gérer la suite à une
logique qui se révèle erronée, le
questionnement se déplace de plus en
plus vers un questionnement intime.
Chaque individu s’interroge sur le sens
qu’il doit donner à sa vie pour ne pas
seulement réussir une carrière mais
aussi réussir une vie. Et réussir une vie
se traduit par l’accomplissement de la
personne dans une sorte d’initiation,
c'est-à-dire une connaissance qui ne
se contente pas de servir un monde
matériel, la croissance économique et
la consommation, ces moteurs au
service de la prépondérance absolue
que nous avons donnée au lucre.
Sur Internet :
Le blog de Pierre Rabhi
Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme
A lire :
Manifeste pour la Terre et l'Humanisme, Ed.Actes Sud, 2008
Graines de Possibles, Regards croisés sur l'écologie,
Pierre Rabhi et Nicolas Hulot, Éd.Livre de Poche, 2006
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