Archives
 
 
 
 
 
 
   

 
La parole à > Le déficit de l’avoir ne se traduit pas forcément par un déficit de l’être
     

Pierre Rabhi
  Le déficit de l’avoir ne se traduit pas forcément par un déficit de l’être
Rencontre
   
 

Agriculteur, pionnier de l'agriculture biologique et philosophe, Pierre Rabhi défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la planète à l’opposé du modèle productiviste. Selon lui, ce changement de logique ne peut passer que par l’éducation.

 
Mathieu Steward
 
 

   

Vous appelez de vos voeux une « société de sobriété heureuse ». Pouvez-vous expliquer ce concept ?
Il faut se rendre à l’évidence et l’intégrer de façon claire : nous sommes sur une planète dont les ressources sont limitées. Le monde occidental lui a appliqué un principe illimité, qui conduit à une disparité très importante entre les pays dits avancés et le monde traditionnel. Le cinquième du genre humain disposant de technologies et de moyens scientifiques importants consomme les quatre cinquième des ressources produites sur la planète. Ce modèle extrêmement dispendieux se révèle être l’un des grands facteurs de l’épuisement des ressources communes. Nous sommes dans un système où cohabitent la pénurie et l’abondance, la suralimentation et la sous-alimentation voire la famine. Nous avons l’obligation morale de corriger cette énorme défaillance.

Au Sud, on constate par ailleurs que le déficit de l’avoir ne se traduit pas forcément par un déficit de l’être. Et au Nord, la surabondance ne se traduit pas forcément par une joie de l’être. Ces éléments nous invitent à repenser le vivre ensemble planétaire sur la base d’un nouveau paradigme. Ce dernier mettrait l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations et l’économie, à leur service. A l’opposé d’une logique qui met le profit sans limite au coeur de ses préoccupations en subordonnant l’humain et la nature à son insatiabilité.

Ce changement de société doit-il passer par l’éducation ?
L’éducation telle qu’elle est dispensée aujourd’hui n’est plus en phase avec un monde en grande mutation. Il n’est plus possible de dire à un enfant que le succès de ses études lui garantit le succès de sa vie. Par ailleurs, ce système fondé sur la compétitivité angoisse l’enfant et fait naître un sentiment de terreur de l’échec au détriment de l’enthousiasme d’apprendre. Une éducation fondée sur le principe de complémentarité et non de rivalité serait en phase avec les nécessités qu’imposent un monde en crise aiguë, en déficit de valeurs et de sens, et permettrait d’instaurer le bonheur d’exister.

Vous concevez l’éducation comme « un éveil à la beauté »…
Oui, l’éducation doit rapprocher l’enfant de la nature garante de la pérennité de tous, de sa générosité, de son mystère et bien sûr de son immense beauté. L’enfant serait ainsi nourri intérieurement et donc en harmonie avec la réalité vivante. Il faut également lui faire prendre conscience de son corps, de son esprit, des aptitudes de ses mains et de toutes ses capacités à être en phase avec le monde.

Comment expliquez-vous l’écho grandissant de vos thèses ?
Devant l’énorme déconvenue que l’humanité a à gérer la suite à une logique qui se révèle erronée, le questionnement se déplace de plus en plus vers un questionnement intime. Chaque individu s’interroge sur le sens qu’il doit donner à sa vie pour ne pas seulement réussir une carrière mais aussi réussir une vie. Et réussir une vie se traduit par l’accomplissement de la personne dans une sorte d’initiation, c'est-à-dire une connaissance qui ne se contente pas de servir un monde matériel, la croissance économique et la consommation, ces moteurs au service de la prépondérance absolue que nous avons donnée au lucre.

Sur Internet :
Le blog de Pierre Rabhi
Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme

A lire :
Manifeste pour la Terre et l'Humanisme, Ed.Actes Sud, 2008
Graines de Possibles, Regards croisés sur l'écologie,
Pierre Rabhi et Nicolas Hulot, Éd.Livre de Poche, 2006



A lire aussi :
>
Développer notre proximité avec les entreprises
> La domotique peut devenir la colonne vertébrale de la maison
> Le commissaire aux comptes sert l’intérêt collectif de l’entreprise
> L’ouverture de la ligne Tours/Porto va resserrer les liens entre nos deux métropoles