Dans l’appartement d’Isabelle Chéruel,
les tiroirs regorgent de livres et de
manuels scolaires. « J’ai participé à leur fabrication,
je les connais par coeur. Une fois
imprimés, je les ai gardés ». Ces petits trésors
illustrent la vie et le parcours d’Isabelle. « Mon
père dirigeait une imprimerie, c’était mon
terrain de jeu quand j’étais enfant. Je jouais
avec les tampons encreurs, j’aimais l’odeur des
lieux. » Alors, quand Isabelle décroche son
bac et s’inscrit à l’école d’arts graphiques au
lycée Bayet de Tours, cela ne surprend
personne. « Ce milieu était le mien depuis
toujours, pour moi c’était une évidence. »
A 20 ans, BEP et CAP en poche, Isabelle Chéruel est embauchée
dans l’entreprise tourangelle Touraine Compo. Elle y effectue
l’ensemble des opérations nécessaires à la reproduction et à
la mise en forme de photos et de dessins sur un support
technique, le tout étant destiné à être imprimé. Ce métier de
photograveur, Isabelle l’a eu tout de suite dans la peau : « On
faisait tout à la main, c’était passionnant. Je choisissais le mode
de reproduction des documents originaux, je procédais aux réglages
de lumière, de contraste, de trame, je travaillais dans des pièces
noires. » Une minutie et des outils un peu archaïques rapidement
supplantés par l’ère du numérique.
Au bout de 14 ans, Isabelle décide de changer
de vie, du moins de devenir patron.
En 2005, elle créé son entreprise en nom
propre. Aujourd’hui, la chef d’entreprise
assure le suivi de fabrication. « Quand un client
a besoin de réaliser un de ses projets, je
démarche les imprimeurs et fais établir des
devis. Je suis le relais entre l’éditeur et l’imprimeur,
je prends en charge le projet de A à Z. »
Si beaucoup de clients font confiance à
Isabelle Chéruel, à son expérience et à son
carnet d’adresses très étoffé, la crise
n’épargne pas son secteur d’activité. « Cette
année, les commandes sont un peu moins nombreuses. Il faut que
j’envisage les choses autrement, que je me déplace davantage, que
je mise encore plus sur le relationnel. »
La passion d’Isabelle pour ce métier est intacte. On se demande
alors si elle est encore capable d’avoir un livre en mains sans
l’inspecter sous toutes ses coutures. « Impossible d’y résister,
j’ai toujours le réflexe d’ouvrir un livre pour en respirer l’encre. Je
peux deviner comment tel ou tel ouvrage a été fabriqué, je suis
incollable ! » Une déformation professionnelle totalement
assumée et qui fait sourire l’intéressée.
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